Poussières de larmes

Grand-papa.

Il est de ceux qui me connaissent depuis les premières minutes de vie,
22 ans à me sourires, à m’apprendre, à me raconter des histoires.
22 ans de ma vie où il a été là.

Toujours prêt à jouer avec les mots, jouer avec le temps, toujours là pour réfléchir au monde, parler de recyclage du verre, de sa nouvelle découverte d’ampoule, de construction de bois, de ses parties de cartes, mais aussi, et surtout, peut-être, de vie, de livres, d’amour. Une grosse barbe piquante, des yeux toujours brillants. Un mal de dos, un mal de jambe, qui l’empêchaient de dormir. Et pourtant: toujours les muffins le matin, cette fameuse recette de soupe de fanes de betteraves, des frites maisons pour les occasions spéciales, les petites fèves vertes dans le jardin, les tomates qui poussent toutes seules, mais dont on sait tous qu’il s’occupe si bien, un peu comme un secret.

Les prochaines années de ma vie me feront sans lui.
Et pourtant, tellement empreintes de sa présence.
Je suis là, dans mes livres, entre deux cours de littérature. Et je vois maintenant l’ampleur de ce qui me vient de lui dans ce que je suis. Cet amour des mots, qu’il aimait tant. Le meilleur de mes professeurs, celui qui m’a suivi depuis le début, les premiers mots lus, les premiers mots écrits. Je me sens chambranlante, toute incertaine de devoir continuer toute seule. Il sait que j’en suis capable. Et je le garde avec moi, pour qu’il me guide encore un peu, quand je ne suis pas certaine, quand une rime m’échappe, un mot me glisse entre les doigts.

Grand-papa. En pente de vie.
En certitude d’amour infini, en cascade de tendresse.
Grand-papa, en poussière de larmes.
Ces larmes, qui arrosent le terreau de nouveaux rêves.

À bientôt,
dans ces pages virtuelles.

K.

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Prémisses

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J’aime glisser des mots ici, des mots à imaginer, que vous vous devez d’inventer. Des mots qui, j’espère, font un peu rêver, un peu aimer, un peu sourire. Des mots aux couleurs de l’arc-en-ciel et aux parfums multiples.

Cette semaine, j’ai pris une décision. Ça me fait drôle à dire, ça chatouille mes sens. Et je me fais rire de le dire ainsi, mais ça y est, je sais ce que je veux faire quand je veux être grande.

(et qu’on se comprenne bien, j’ai encore le droit de changer d’idées, de devenir grande plusieurs fois, mais c’est la première fois que je ressens une quelconque certitude et, mine de rien, c’est une sensation que j’aime bien.)

Je vous laisse avec quelques mots. Bonne nuit. xxx
K.


Fougère.
Comme un mot préféré, promesse du temps à venir.
Fougère, comme un conte des temps anciens.
Bulles éphémères. Et: piqûres de maringouins.

Kaléidoscope.
Crime microscopique en Fa mineur. Grigne.
Grignoter. Rigoler le présent et l’avenir.
S’insinuer dans l’horizontalité des axes.
Éphémère et apesanteur. Lourdeur du style.
Fleurir le silence. Faire. Créer. Donner un sens. Se donner un sens.
Avoir les mains pleines de terre. Rêver de mélisse et de papillons, de feuillages odorants.
Un, deux, trois, quatre. Mal de dos ou silence probants. S’arrimer au silence: pulsation artistique. Un deux, trois. Faire vivre. La terre vivace.
Filer nos laines, se préparer à l’hiver. Devenir fous. Se devenir fous.
Trouver refuge.
Dans des mots miroirs, des gazouillis colibris, du pollen et des fleurs.
Trouver refuge.
Vivifier le corps, se faire chrysanthème.
Poésie douce amère au parfum de bois d’été, du parfum de ce qui vit.
Manger le monde.

À ceux qui disent oui

Je dis oui à tout. Je suis impulsive.
Oui, il m’arrive d’envier celles et ceux qui savent prendre le temps. De choisir.
Je n’y arrive pas. Je me jette dans la vie.
Comme si j’en avais besoin pour me sentir vivante.
Avoir le ventre qui fourmille.

cubaUne fin de journée, les routes cubaines.

Me projeter dans l’avenir en vivant intensément le présent.
Je bouge tout le temps, je ne reste jamais bien longtemps.
Je n’arrive pas à mouler ma vie aux choses.
J’exige que les choses se moulent à moi.
Je suis imprévisibles. Je m’emballe et je casse un peu tout.
Je déçois souvent, oui.
Parce que je m’éparpille.
Il y a des bouts de moi un peu partout.
J’aime beaucoup, j’aime fort, j’aime trop.
Je n’arrive pas à prendre soin de tout.
Et je m’en veux pour ça.

Peut-être n’ai-je pas encore réellement trouvé ce qui me fait.
Mais est-ce vraiment possible de trouver sa place?
L’endroit d’être qui nous sommes.
Est-ce vraiment possible de se dire: « voilà, c’est ici, pour toujours. »?

La peur de me retrouver prise dans ce qui n’est pas moi.
L’envie que l’on ne me saisisse jamais vraiment,
que le temps, les gens et le monde n’aient pas vraiment d’emprise sur moi.

À la fois: côtoyer le minuscule.
Me saisir dans tout ce qui est invisible.
Cultiver les horizons, découvrir, connaître, rencontrer, faire briller, m’emplir.
Peut-être la constante est-elle là.
M’inscrire dans le minuscule.

Il y a: celles et ceux qui doivent apprendre à dire oui,
à laisser le monde leur tricoter des mailles croches dans leur vie.
Et il y a moi, et tous les autres qui ne savent pas dire non:
qui doivent apprendre, peut-être, un peu, à le faire.
Ou: sommes-nous simplement ainsi
des parenthèses de vie qui s’accrochent nulle part et un petit peu partout à la fois.

On m’a dit un jour que le mot qui me disait le mieux était fébrile.
J’ai souri. C’est vrai.
Et, ce soir, j’ai envie de l’offrir à tous ceux et celles qui, comme moi, aiment dire oui.

À bientôt.
K.

Brouillard de sublime

Dans la vie, ailleurs, quand je ne suis pas ici, je lis.
Je lis, et j’écris des mots, des mots qui parle de moi et des autres, de nous.
Des mots que je tente de faire respirer, des point-virgule, pour donner un demi-souffle à ce qui manque d’air.
J’écris pour, juste parce que faire autrement ne m’est pas possible.

Et parfois, je me lève le matin, je me relis, et je me dis que, peut-être, on peut dire que ça sonne bien. Ce matin-là, c’est ce que je me suis dit.

Pour voir l’original, c’est par ici, p.5
Des bisous enneigés,
et puis: profitez de tous gens qui font battre vos coeurs.

Bonne nuit.

K.

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bal

Interstices

En chanson. C’est dans le brouillard qu’une rencontre est belle.

En mot. Brouillard proche, dégoulinant, palpable.
Jour gris. Partout, des choses mouillées.

Tout dans un flou, brouillard épais.

Aime les rencontres dans leur hésitation. Cultive l’incertain, le vaporeux. Tout se joue dans l’espace de doute entre ce que l’on perçoit et ce qui est. Ne tente pas d’y mettre des mots. Vis-le. Vis ce vide qui est tout, qui renferme l’infini de possibles, ceux que l’on peut vivre. Et les autres aussi. Ce vide qui renferme sa part de tragique dans sa beauté d’être absolu. Tu sais que tout n’est pas, que tout ne sera pas, mais émerveille-toi quand même de ce tout trouble qui se refuse au concret. Entre amour et amitié, aime et explore. À tâtons.

C’est dans cet interstice que tu trouveras le sublime. Va à sa rencontre. Balzac aimait probablement la brume. Du moins, il savait la dire. Le sublime vient du cœur, l’esprit ne le trouve pas. Alors ferme les yeux et offre-toi le sublime. Avale l’eau de l’autour, bois à la source de l’inexplicable, de ce qui doit le rester. Deviens cette sublimation liquide des jours de pluie. Fais-toi alchimiste du dégoulinant, immisce-toi partout, tel l’humidité des jours gris, des moments incertains. Prends goût à ne pas comprendre, au nébuleux, au confus. Savoure la timidité de ces moments, de ces rencontres, de ces échanges qui refusent de se donner entièrement.

Sache perdre le contrôle, un peu.
Sache, juste assez.
Permets au brumeux de remplir l’espace.

En écoutant : Woodcat – Tunng
En lisant : L’heure sans ombre – Benoît Bouthillette

Août

Jours de chaleurs.
Montréal me donne mal à la tête.

Pendant ce temps, il y a ceux qui font des merveilles avec la lumières… Crédits: Dominic Béland aux Potagers Mycobio

Août, c’est le moment de revenir,
le moment de se préparer à entrer de nouveau dans le monde.

Août, c’est les chats qui ont trop chaud,
c’est moi qui ait de la difficulté à me retrouver,
c’est moi qui ait envie de vous retrouver vous.

Août, c’est c’est l’incertitude avant le retour au calme.
Août, c’est un mois mélancolie, un mois sirènes de pompiers.

Août me donne envie de danser et de pleurer à la fois.
Août, c’est les orages qui lavent, c’est le ventilateurs qui brouillent les sens.

Août, c’est des notes, parce que j’ai le temps,
de jouer de la guitare,
d’écouter celles des autres.

Août, c’est le début de la fin,
les jours qui, déjà, raccourcissent,
qui, sournoisement, nous préparent à l’hibernation.

Août, c’est me chercher un peu partout,
et n’arriver qu’à m’éparpiller encore plus,
c’est avoir de la difficulté à trouver la force de faire,
c’est avoir l’impression de tout démolir.

Août.

***

Ps: Il y a ça, aussi, qui me fait du bien…